Interview Carlens ArcusInterview Carlens Arcus

Fraîchement qualifié pour la Coupe du Monde avec Haïti, Carlens Arcus se livre, non sans émotion, sur la belle histoire qu’il vit, sur le soutien qu’il a reçu et sur son envie de se battre pour ses coéquipiers d’Angers SCO.

Bonjour Carlens. Tout d’abord, félicitations pour ta qualification avec Haïti pour la prochaine Coupe du Monde. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Merci. Ça représente beaucoup de choses. Premièrement, beaucoup de fierté, parce que c’était un rêve d’enfant. J’ai toujours eu deux rêves dans ma vie et j’avais déjà réalisé le premier, qui était de signer mon premier contrat professionnel.

Le deuxième vient donc de se réaliser. Pour moi, c’est une fierté de me dire que j’ai réalisé mes deux rêves. On n’y est pas encore, c’est dans un petit peu de temps, mais le fait de qualifier l’équipe est déjà un rêve qui est réalisé. C’est aussi une fierté pour ma mère et pour toute ma famille bien sûr. Je voyais vraiment dans ses yeux cette fierté-là, ce sentiment de voir son fils jouer pour son pays et le qualifier pour une Coupe du Monde, il n’y a pas plus beau. C’est tout ce sentiment-là qui est revenu après cette qualification. Ma mère n’était pas au match, mais elle a vraiment envie d’être présente pour la Coupe du Monde et je ferai tout pour qu’elle soit là. Je sais très bien qu’elle sera encore plus fière et elle sera très heureuse de me voir jouer dans cette Coupe du Monde.

Ta famille vit toujours là-bas ?

Non, il n’y a personne à Haïti, à part des cousins. Toute ma famille proche est un petit peu ailleurs, au Brésil ou aux États-Unis.

Un léger regret, vos matchs ont eu lieu sur terrain neutre. Vous n’avez pas pu fêter cela avec votre public ?

C’est vraiment le seul gros regret, parce qu’on a vraiment voulu jouer nos matchs à domicile à Haïti. Mais nous n’avons pas pu à cause des problèmes au pays. Cela fait maintenant deux ou trois ans que cela fait que nous ne pouvons pas jouer les matchs à Haïti. Mais on a senti une bonne énergie, depuis le premier match de cette qualification, à travers les réseaux sociaux.

Malgré le fait qu’on joue à l’extérieur, on a senti le soutien. On ne s’est pas vraiment senti dépaysé. On aurait voulu profiter avec eux mais je pense qu’on aura une chance de fêter ça avec eux avant la Coupe du Monde ou même après.

Comment s’est passée ton enfance à Haïti ?

Franchement, c’était une vie paisible, tranquille. Malgré tout ce qu’on peut dire d’Haïti, j’ai vécu une enfance très joyeuse, très paisible. Je le répète souvent, ma mère a toujours fait en sorte qu’on ne manque de rien, même si c’était très dur pour elle. Elle a toujours fait en sorte qu’on ait vraiment tout pour réussir, à l’école déjà.

Mon enfance, c’était de jouer au foot tous les jours, de poursuivre ce rêve-là que j’avais toujours depuis petit. Je prends du recul mais, petit à petit, je commence à réaliser que mon rêve est quelque chose de vrai. Parce que j’ai toujours voulu jouer pour mon pays et le qualifier pour la Coupe du Monde. En fait, ça remonte plein de souvenirs, plein de belles choses de quand j’étais petit à Haïti.

Combien de temps y as-tu vécu ?

J’y suis resté jusqu’à mes 17 ans. Mais à partir de 13 ans, je commençais déjà à voyager, à quitter le pays.

Ma première expérience à l’étranger, c’était au Brésil. J’avais 14 ans, je crois, et je suis resté un an là-bas. À partir de là, je ne faisais que des allers-retours pour faire des essais en France. Donc forcément, je n’avais pas vraiment une vie stable, on va dire. Mais c’est à l’âge de 17 ans que j’ai quitté le pays pour poursuivre mon rêve, qui était de signer mon premier contrat professionnel.

Tu as des frères et sœurs ?

Oui, j’ai une grande sœur et deux frères du côté de ma mère et j’ai aussi beaucoup de frères et sœurs du côté de mon père.

Le fait de peu les avoir est un peu compliqué. J’ai forcément envie de vivre tous ces moments-là que je suis en train de vivre dans ma vie avec eux. Mais encore une fois, je ressens beaucoup d’amour d’eux et aussi beaucoup de soutien. Ça me fait ressentir que je ne suis pas tout seul.

Et quand c’est le moment de célébrer avec eux, je profite vraiment à fond. Je ne les vois pas souvent et je ne vous cache pas que parfois c’est très dur. J’aurais envie qu’ils profitent du quotidien que je suis en train de vivre avec mon Club, la sélection, mon quotidien… Mais c’est la vie, c’est comme ça, c’est mon destin. Je ferai vraiment tout pour les rendre fiers.

Je ferai tout pour qu’ils puissent venir voir la Coupe du Monde. Ça serait un réel plaisir.

Carlens-Arcus-Haïti

Pourquoi vous appelle-t-on les Grenadiers ?

Ça vient d’un cri lancé par les soldats au combat pour se donner du courage, « Grenadye, alaso ». Et c’est resté jusqu’à arriver dans le football.

Cette soirée du 18 novembre reste-t-elle ta plus belle émotion dans le football ?

Oui, bien sûr. Au-delà de ma passe décisive, je suis content de participer un peu à cette fête, mais en fait, c’est plus grand que ça.

Et ce 18 novembre, il faut savoir que c’est une date très importante pour Haïti. Le 18 novembre 1803, c’était la bataille de Vertières. C’est là où a commencé cette lutte pour notre libération. Il faut imaginer un peu le truc. Et il n’y a pas de hasard. Ce match est tombé le 18 novembre donc les étoiles se sont bien alignées. On s’est dit qu’à cette date-là, il faut qu’on fasse en sorte que ça reste vraiment gravé dans la tête des gens, là-bas, à Haïti.

Ce match-là, c’était notre destin. C’était notre deuxième bataille. À cette date du 18 novembre 1803, on peut donc ajouter cette date du 18 novembre 2025, celle de notre qualification pour la Coupe du Monde, la deuxième après 52 ans. Donc ça restera gravé à vie, que ce soit pour nous les joueurs et aussi pour le peuple haïtien.

Vous l’aviez en tête en partant en sélection ?

Bien sûr, même avant. Je me souviens quand j’ai pris le carton jaune contre le Nicaragua en octobre et que j’étais suspendu pour le deuxième match contre le Honduras, j’étais vraiment triste. Mais, à mon retour dans l’avion, je me disais que c’était peut-être un « mal pour un bien », parce que je ressentais quelque chose en moi qui me faisait penser que cette qualification, ça devait arriver le 18 novembre. Depuis octobre, je sentais que ça devait passer par là.

Cette défaite contre le Honduras, ça nous a fait mal. Mais j’ai dit à l’équipe de rester positif, parce que cette date-là, c’est le destin et ça devait se passer comme ça. J’avais une sensation de calme.

Autant, lors du premier match contre le Costa Rica, le 13 novembre, j’étais un peu stressé, mais le 18 novembre, je n’étais pas du tout stressé. Je savais que ça serait le plus beau jour de ma vie et de celle du peuple haïtien.

On a vu un très bel accueil de tes coéquipiers à ton retour ici. Ça t’a touché ?

Ah oui, bien sûr. Ce moment-là aussi, je ne l’oublierai jamais. Ce n’est pas tout le temps qu’on reçoit beaucoup d’amour comme ça.

Je commence à avoir beaucoup d’expérience dans le foot. On sait très bien que c’est un sport collectif, mais qui peut être très individualiste et il ne faut pas en vouloir à ces personnes, c’est comme ça. Mais ce groupe-là, vraiment… Ça m’a donné la chair de poule. Ça m’a donné des frissons. Je suis vraiment heureux de cet accueil.

Ça donne envie de se battre pour eux. Ça me donne encore plus envie de me donner à fond pour ce groupe. Parce que ça se fait naturellement. Ça s’est vu que ce n’était que de l’amour, c’était sincère. Et encore une fois, je ne remercierai jamais assez ce groupe-là et le Club pour cet accueil.

Maintenant, il y a de nombreuses échéances importantes à venir ici. Comment abordes-tu la suite de la saison ?

Avec beaucoup de sérénité. On a montré en ce début de saison que l’on pouvait rivaliser contre n’importe quelle équipe. Et aujourd’hui, je pense qu’on est dans une bonne dynamique qui fait qu’on doit toujours rester positif et on va le rester parce que ce groupe-là est constitué de beaucoup de bons joueurs et, surtout, de beaucoup de bons gars. Il y a tout pour qu’on aille chercher ce maintien. Et j’espère vraiment qu’on y arrivera parce qu’on le mérite pour tout ce qu’on a fait depuis le début de saison.

Avec ce groupe-là, je suis très confiant sur le fait qu’on ira chercher quelque chose. Je le sens. Ça fait des années que je suis dans le monde professionnel et cette année, je sens qu’on ira chercher quelque chose de grand.

Il y a aussi beaucoup de jeunes dans ce groupe. Comment les accompagnes-tu au quotidien ? Quel rôle as-tu auprès d’eux ?

C’est un plaisir. Je suis passé par là et c’est un plaisir pour moi de les aider et de montrer aussi mes qualités en dehors du foot.

Parfois, on peut se dire que c’est dur pour eux. Mais je pense, comme je l’ai dit, que cette équipe-là est constituée de plein de bons gars : des joueurs qui ont beaucoup d’expérience et de maturité. J’en fais partie et j’en profite pour les aider parce qu’ils ont besoin de nous. Et on sent qu’ils sont très réceptifs.

Si ce n’était pas le cas, ça aurait été plus compliqué. Mais ils sont vraiment réceptifs. Je pense à des garçons comme Sidiki (Cherif), Prosper (Peter), les deux Marius (Courcoul et Louër), Djibirin (Harouna), Justin (Kalumba), Dan (Sinaté)… Sans exception, ils sont très réceptifs. Donc ça me donne plus envie de les aider par rapport à mon vécu. Et je suis vraiment content de le faire.

Translate »